BOLINGO

BOLINGO




La série photographique "Bolingo", a débuté en 2010, est une narration intime et politique liée à une expérience autobiographique sur l'homoparentalité. Aujourd'hui âgé de 15 ans, mon fils, Tiago vit entre deux familles hors norme, l'une à Paris, l'autre en province.

"Bolingo" en Lingala signifie "Amour", ce lien indestructible et inconditionnel qui nous unis. A partir des évènements traumatisants qui ont accompagné le débat politique et sociétal sur le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe et qui a libéré une homophobie larvée [4], mais aussi parce que l'homoparentalité est sous représentée dans la photographie, et en particulier pour les minorités en France et en Afrique. J'ai ressenti le besoin en tant que père mais aussi en tant que Bakongo de documenter par l'image nos vies. Simplement donner à voir notre quotidien fait d'amour, de joies, de pleurs, de doutes, de partages et de bonheurs.

Julien, son père adoptif est celui qui en parle le mieux : « Tiago est un adolescent sportif, travailleur, courageux, sensible, ouvert et rieur avec une personnalité très riche. Sa double culture française et congolo-angolaise lui apporte un regard intéressant sur le monde qui l’entoure. Avant tout passionné d’athlétisme et de dessin, sa curiosité fait qu’il possède un large spectre de centres d’intérêts.

Physiquement, il est un athlète, assez grand de taille pour son âge. Son regard souvent malicieux révèle son côté très blagueur. Au niveau vestimentaire, il s’habille dans un style plutôt décontracté et sportif. Et il n’hésite pas à expérimenter différentes coupes de cheveux en fonction de ses envies : L’afro, “killmonger”, ou boule à zéro par exemple.

Intellectuellement, il fait preuve de solides compétences dans différents types d’intelligences : notamment logico-mathématique, linguistique et émotionnelle, toutes soutenues par sa grande volonté d’apprendre et de s’améliorer. Tout d’abord, à force de persévérance dans son travail scolaire, il obtient actuellement de très bons résultats, et cela malgré les épreuves difficiles auxquelles il a dû faire face quand il était plus jeune. Il s’est battu et peut être vraiment fier du chemin qu’il a parcouru.

Ensuite, Tiago sait faire preuve d'une véritable audace. Par exemple avec les langues vivantes. Il a bien compris qu’il fallait avant tout s’amuser. Enfin, il a un très grand potentiel artistique. C’est un excellent dessinateur avec un très bon sens de l’observation tant dans les musées et expositions que lors de séances de dessin en plein air. Son intérêt se porte essentiellement sur le style manga pour le moment. C’est aussi un assez bon cinéphile, domaine dans lequel il fait preuve d’une bonne mémorisation et d’un bon sens de l’analyse des différents enjeux psychologiques entre les personnages. Concernant la musique, autre forme artistique qu’il semble beaucoup aimer, il fait preuve d’une vraie curiosité musicale : rock, rap, pop ou motown. Il passe de Queen à Kendrick Lamar ou Rihanna sans problème.

Concernant ses traits de caractère, il est très généreux, très à l’écoute, avec une grande empathie et une très grande sensibilité, son intelligence émotionnelle est bien développée. C’est quelqu’un de très solaire qui fait preuve d’une belle ouverture d’esprit concernant l’acceptation des personnes différentes de lui, ou ayant une façon de penser différente. On sent même une certaine révolte de sa part face aux injustices dont il prend conscience.

Depuis quelque temps, il me semble que Tiago affirme de plus en plus ses choix et ses envies, bref sa personnalité. Il perçoit bien les fonctionnements positifs et négatifs des gens et du monde, et cela peut être parfois déstabilisant, blessant voire décourageant. Mais au contraire, il s’en sert comme d’un détecteur qui lui permet à la fois de se rapprocher des gens avec qui il se sent bien et de se protéger des gens toxiques.

Je dirais qu’au fil des années, c’est beau de le voir suivre sa voie. Nul doute que ce jeune homme est voué à un bel avenir. »



Mon témoignage forcément subjectif, est centré sur l'humain, la fragilité de l'enfance, ce qui unit un père et son fils, et sur l’importance de la pluriparentalité. Il propose une vision de la diversité des familles, rappelle que l’homosexualité n’a jamais exclu le désir de paternité ou de maternité, ni la capacité à élever des enfants. Il participe à lutter pour l'égalité des droits, contre la stigmatisation, la discrimination et fait l'éloge de la désobéissance civile. Une façon de s'adresser à l'homophobie et au racisme et d'y répondre avec fierté.



Alors que nous sommes nombreux à être des homoparents, à ce jour, rares sont les artistes ou militants africains qui ont publiquement révélé être dans cette situation, ce qui montre que si fonder une famille reste une quête universelle, la fierté de "visibiliser" les nôtres n’est toujours pas à l’ordre du jour en ce début de 21ème siècle. Pourquoi ? Cette interrogation n’est pas un jugement moral, mais bien un questionnement politique qui appelle à déconstruire un système déshumanisant.





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Audre Lorde : "et quand nous parlons nous avons peur que nos mots ne soient pas entendus ni bienvenus mais quand nous sommes silencieuses nous avons toujours peur. Il est donc meilleur de parler en se rappelant que nous n'étions jamais censées survivre."



Notes:

1) Au Congo-Kinshasa :
Il n'y a aucune loi protégeant contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle.
Il n'y a pas de reconnaissance légale des couples homosexuels. Le premier paragraphe de l'article 40, dans l'actuelle Constitution de la république démocratique du Congo, affirme depuis 2006, que "tout individu a le droit de se marier avec la personne de son choix, de sexe opposé, et de fonder une famille".

2) Au Congo-Brazzaville :
Les couples homosexuels ne bénéficient d'aucune reconnaissance légale.
L'adoption homoparentale n'est pas autorisée.

3) En Angola :
Il n'y a pas de reconnaissance légale des couples de même sexe en Angola. L’adoption conjointe par des couples de même sexe est interdite.

4) En France :
2012. François Hollande, candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle, promet d'ouvrir le mariage et l'adoption aux couples de même sexe dans son « engagement 31 ». Dès le dépôt au Parlement du projet de loi, débute dans le pays, une libération de la parole homophobe d'une violence sans précédent en Europe pour ce type de législation. Donnant à la France, le visage défiguré de la haine et du mépris. Que n’a-t-on pas entendu ! Des injures aux préjugés, de la calomnie aux amalgames, des fantasmes en passant par l'outrance, les menaces, la brutalité, la rancœur et autres fausses invocations de l'intérêt des enfants pour légitimer un discours rance, excessif et insupportable destiné à perpétuer l'ordre inégalitaire. Ainsi, le caractère illégitime de La Manif pour tous et des politiques plus attachés à "l'ordre naturel" qu’à la justice en prônant la défense d'un modèle familial à l’exclusion de tous les autres provoque dans une partie de la population du mal-être qui peut conduire au suicide et mettre en péril la cohésion sociale.

2013. La loi a été définitivement adoptée le 23 avril puis validé par le Conseil constitutionnel et promulgué le 17 mai. A en croire les opposants, la société toute entière tremble sur ses fondations. Nous attendons toujours la fin du monde. Cela dit, pour les familles homoparentales, le combat n'est pas terminé en ce qui concerne l'égalité des droits entre couples mariés et non mariés et notamment pour la reconnaissance de la filiation, le recours à la PMA, à la GPA, les droits du beau-parent et de la pluriparentalité, l'adoption pour les couples pacsés ou concubins. Mais aussi résoudre la situation de certains couples binationaux interdit de mariage et de filiation.